Les libellules de nos contrées

Leurs ailes déployées caractéristiques (du latin « libellulus »-signifiant très petit livre-) font que tout le monde ou presque sait reconnaitre une libellule. Pour autant, difficiles à approcher, leurs mœurs sont finalement peu connues. Découvrons l’univers aérien et aquatique d’insectes fascinants

Le monde des libellules

À ce jour, plus de 6400 espèces sont répertoriées à travers le monde, la France métropolitaine en comptant 98 (seulement), et le territoire du Grand Auch près d’une cinquantaine. Celles-ci se répartissent en deux sous-groupes : les libellules vraies (ou anisoptères), d’assez grande taille, qui au repos gardent les ailes dépliées, et les demoiselles (ou zygoptères) qui posées, referment généralement leurs ailes. Ces dernières, plus frêles, sont moins aptes à de longs déplacements bien que leur stature plus légère leurs permettent d’être facilement emportées par les vents et courants aériens.

 

Des écologies surprenantes

Toutes ces espèces partagent un trait biologique majeur : celui d’une vie larvaire aquatique. Que les femelles pondent directement dans l’eau, dans les sédiments ou dans la végétation aquatique (dans ou hors de l’eau), les larves finissent par se retrouver dans l’élément aqueux. Munies de crochets à l’extrémité d’un masque qui se déploie, les larves sont particulièrement bien équipées pour prédater insectes(larves de moustiques…), alvins ,vers, voire larves d’amphibiens qui passent à leur portée.

 

Larve d’odonate

Une vie en métamorphose

Une dizaine de mues larvaires s’opèrent avant la mue finale qui voit la larve sortir de l’eau et abandonner sa dépouille larvaire, appelée exuvie, qui offre bien des renseignements aux naturalistes. Elle permet de certifier la reproduction d’une espèce donnée dans un milieu aquatique, et s’avère beaucoup plus réaliste pour estimer les populations. Bien souvent, seuls quelques adultes sont vus volant aux alentours des milieux aquatiques alors que plusieurs dizaines voire centaines d’exuvies peuvent être récoltées, même à l’échelle d’une mare !

Exuvie Gomphe vulgaire ©JM CATIL

L’émergence, une période critique

L’émergence des adultes est un moment-clef, qui ne dure que quelques dizaines de minutes durant lesquelles l’insecte n’a pas de moyens de fuite ou de défense face à la prédation. Cette phase se déroule principalement entre les mois d’avril et juillet, et les adultes qui en découlent volent, suivant les espèces et la météo, jusqu’aux premiers jours de l’hiver. Ainsi, la vie aérienne aura duré tout au plus quelques semaines alors que la vie aquatique peut s’étaler de quelques semaines à quelques années suivant les espèces et les conditions environnementales (température de l’eau, disponibilité en nourriture…).

Habitats

Toutes les libellules ne se retrouvent pas dans l’intégralité des milieux aquatiques. Ainsi, le Caloptéryx vierge, adepte des eaux vives, ne se retrouve que dans les ruisseaux et les parties courantes des rivières quant à l’inverse, le Crocothémis écarlate privilégie les eaux stagnantes riches en végétation aquatique. Certaines espèces volent en début de saison, d’autres en fin de saison et d’autres une grande partie de l’année, grâce à l’enchainement de plusieurs générations annuelles (cas de l’Agrion élégant par exemple), de sorte que la diversité d’espèces est toujours limitée dans l’espace et dans le temps.

Aussi, l’observation des libellules peut se réaliser une bonne partie de l’année, pour peu que les conditions météorologiques adéquates soient réunies, à savoir ensoleillement et vent modéré.

 

Caloptéryx vierge méridional ©JMCATIL

Crocthémis écarlate©JMCATIL

Agrion élégant ©JMCATIL

Menaces

Comme toutes les espèces de milieux aquatiques et de zones humides, certaines sont menacées par le déclin de ces habitats durant les dernières décennies, la pollution des eaux ou encore le changement climatique qui tend à aggraver l’assèchement de certains milieux temporaires (les larves supportent l’assèchement dans une certaine mesure, tant qu’une boue humide persiste au fond des pièces d’eau).

Pour faire face à ces menaces, la loi protège plusieurs espèces et leurs habitats (3 sur notre territoire) et un Plan Régional d’Actions en faveur de la conservation des libellules et de leurs milieux de vie est animé par le CEN Occitanie et l’OPIE.

Toutefois, le réchauffement du climat favorise aussi l’expansion d’espèces méridionales et l’arrivée du Trithémis annelé il y a une vingtaine d’années sur notre territoire en est probablement la preuve.

 

Chacun à son échelle peut participer à la conservation de ces insectes prédateurs (depuis les moustiques jusqu’à d’autres libellules…) en maintenant des zones sauvages dans les jardins, en n’introduisant pas de poissons dans les mares, etc., ce qui est profitable à l’ensemble de la biodiversité.

* CEN : Conservatoire d’Espaces Naturels OPIE : Office pour les Insectes et Leur Environnement.

 

 

Pour aller plus loin

Pour consulter la carte de répartition régionale et d’autres informations inhérentes aux libellules (période de vol, traits de vie, etc.)

Avec les éphémères, les libellules sont les insectes les plus anciennement apparus sur notre planète. Leurs ancêtres volaient déjà il y a plus de 300 millions d’années, et l’envergure de certains spécimens – de l’ordre de 70 cm – ne pouvait guère les faire passer inaperçus.

Jean-Michel CATIL

 

 

CARTOGRAPHIE

Le saviez vous ?

Les libellules possèdent des capacités de vol extraordinaires. Outre une vitesse de vol pouvant dépasser 50 km/h (pour les plus grandes espèces), leurs 4 ailes fonctionnelles et indépendantes leurs permettent de voler en tous sens et notamment en marche arrière !
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