Le Seps strié, un reptile discret et méconnu.

Serpent ou lézard ? Avouez qu’au premier abord, la forme du seps tout en longueur, sa façon de se mouvoir en ondulations, rendent l’option serpent plus que plausible. Mais à bien y regarder, deux minuscules paires de pattes mettent du plomb dans l’aile à cette hypothèse. Alors, qu’en est-il ?

Un lézard qui ressemble à un serpent

À première vue, ce reptile peut facilement être confondu avec l’Orvet fragile (Anguis fragilis). Son corps long et mince, couvert d’écailles lisses, ainsi que sa tête peu distincte du cou, entretiennent l’illusion. Pourtant, en y regardant de plus près, on distingue deux minuscules paires de pattes tridactyles* qui ne laissent aucun doute : le Seps strié est bien un lézard.

De petite taille, il dépasse rarement 40 cm de longueur. Sa robe, allant du gris blanchâtre au marron foncé, est parcourue d’une douzaine de lignes longitudinales sombres et régulières qui s’étendent du cou jusqu’à la queue, sur le dos et les flancs. Plus ou moins marquées selon les individus, elles sont à l’origine de son nom. Son ventre est uniformément blanchâtre à nacré, tandis que les grandes écailles de sa tête sont généralement soulignées de noir.

Un discret habitant des coteaux secs

Le Seps strié affectionne les habitats xériques, comme les pelouses et les landes sèches riches en végétation méditerranéenne (Genêt scorpion, lavandes, Leuzée conifère, Stéhéline douteuse…). Il fréquente les milieux herbacés assez denses, où il se déplace avec une rapidité et une agilité remarquables. Sa locomotion évoque celle d’un poisson nageant dans les herbes. Il reste le plus souvent à proximité d’une touffe de ligneux bas (bruyère, ronce, genévrier…) dans laquelle il peut se réfugier à la moindre alerte.

Il hiverne environ six mois, d’octobre ou novembre jusqu’à mars ou avril. Son régime alimentaire est constitué principalement d’insectes, mais aussi d’arachnides et de myriapodes. La femelle, espèce ovovivipare (ou « vivipare »), donne naissance à cinq à dix jeunes en moyenne au cours du mois d’août.

Une répartition originale en France

En France, le Seps strié est essentiellement présent dans les départements bordant la Méditerranée. Il s’étend toutefois au-delà de cette aire climatique dans le sud des Alpes, l’est du Massif central et, de façon plus originale, jusque dans le Sud-Ouest atlantique, où il est observé de manière localisée en Nouvelle-Aquitaine et dans l’ancienne région Midi-Pyrénées.

Le Seps strié dans le Gers : une espèce rare et localisée

Dans le Gers, la plus ancienne mention remonte à 1888, à Seissan, grâce aux observations de J. Chalande. Une seconde donnée provient d’un individu conservé dans un flacon d’alcool, récolté en 1934 sur la commune de Montesquiou. Il faudra ensuite attendre 1999 pour que l’espèce soit retrouvée près de Pavie.

Cette redécouverte a incité les herpétologues locaux à rechercher activement l’espèce au cours des deux dernières décennies, avec des succès variables.

À ce jour, le Seps strié n’est connu que de quelques coteaux secs situés, schématiquement, dans un triangle Auch–Simorre–Labéjan, notamment sur les rives droites des vallées du Gers, du Sousson, de l’Arrats et de la Lauze.

Des habitats à préserver

La répartition de l’espèce reste encore à préciser dans le département. Tous les milieux présentant des affinités subméditerranéennes méritent une attention particulière. Son habitat typique est constitué de pelouses ou de landes sèches ponctuées de chênes pubescents, où alternent herbacées, touffes de Dorycnie à cinq feuilles et îlots de Genévrier commun, dans lesquels il trouve rapidement refuge face aux prédateurs.

Ces coteaux secs accueillent une biodiversité remarquable : orchidées sauvages, papillons protégés comme le Damier de la Succise ou l’Azuré du Serpolet, mais aussi des oiseaux tels que l’Engoulevent d’Europe ou le Bruant jaune.

À la différence des populations méditerranéennes, les populations gersoises sont aujourd’hui fragilisées par la disparition et l’isolement des coteaux secs (mise en culture, aménagements divers) ainsi que par la fermeture progressive des milieux lorsque le pâturage ou l’entretien cessent.

Un reptile difficile à observer

 Le Seps strié tel qu’on le détecte le plus souvent©PO COCHARD

De nombreuses recherches restent encore à mener pour mieux connaître la répartition du Seps strié dans le Gers. Elles demeurent cependant très dépendantes des conditions météorologiques. Si l’espèce peut être relativement facile à observer dans les pelouses rases méditerranéennes, elle se montre beaucoup plus discrète dans les landes gasconnes. Bien souvent, l’observateur n’entend qu’un bref « pfuiiit » dans les hautes herbes ou les genévriers, sans apercevoir son auteur. Patience, discrétion et persévérance sont donc les meilleures alliées de ceux qui espèrent croiser ce petit lézard aussi fascinant que méconnu.

Tridactyle : pourvu de trois doigts.

Pour aller plus loin

De plus amples informations sur l’espèce dans notre région sur le site suivant :   Biodiv’occitanie

 

 

Rares sont celles et ceux qui ont déjà vu ou aperçu brièvement le Seps strié dans nos contrées gasconnes. Non seulement il est relativement localisé, mais son comportement fait qu’il est rarement à découvert. Faisons plus ample connaissance !

Jean-Michel CATIL (Nature en Occitanie)

 

Crédit photos:

©JM CATIL

©PO COCHARD

©Benjamin Long

 

CARTOGRAPHIE

Le saviez vous ?

Sa condition de « lézard » lui offre le don d’autotomie, soit la faculté de se séparer de sa queue lorsque celle-ci est maintenue par un prédateur. Un sacrifice qui peut lui sauver la peau ! Par la suite, la queue a la capacité de repousser.
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